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Cette page télécharge 11 études (environ 16 Mo) la première fois qu’elle s’exécute. options(qesR.cache = "disk") les garde sur le disque pour les sessions suivantes.

Depuis les premières études électorales provinciales, le vote québécois se lit à travers deux clivages, la langue et la question nationale (Hamilton et Pinard, 1976 ; Pinard et Hamilton, 1978 ; Bélanger et al., 2018). Le Parti libéral du Québec (PLQ) obtient la majorité du vote anglophone et allophone, et ce sont ses appuis chez les francophones qui décident des élections. Selon une lecture répandue, ce clivage linguistique ne serait que la question nationale sous un autre nom : les non-francophones voteraient libéral parce qu’ils sont fédéralistes. Si cette lecture est juste, l’écart aurait dû se resserrer après 2012, à mesure que la Coalition avenir Québec (CAQ), un parti nationaliste qui met l’indépendance de côté, courtisait les francophones fédéralistes et que la souveraineté perdait, disait-on, du terrain. Ce recul est lui-même moins net qu’il n’y paraît : aux élections fédérales, le poids de l’appui à l’indépendance dans le vote est resté remarquablement stable de 2006 à 2021 (Daoust et Gareau-Paquette, 2024).

Dans l’ensemble, les Études électorales québécoises n’appuient que partiellement cette lecture. L’écart du vote libéral entre non-francophones et francophones est d’environ 38 points de pourcentage en 2007 et de 50 points en 2012 ; il se creuse en 2014 et en 2018, et il atteint encore 48 points en 2022. L’appui à l’indépendance en explique une partie, mais une partie seulement : dans les quatre études de 2012 à 2022, à opinion égale sur l’indépendance, l’écart passe de 54 à 42 points. Ce qui a changé, c’est l’électorat libéral lui-même. Les francophones l’ont quitté (20 % d’entre eux votaient pour le PLQ en 2007, contre 6 % en 2022), si bien que les non-francophones, qui formaient 31 % des électeurs libéraux, en forment désormais 71 % (58 % si leur part des électeurs de chaque échantillon était restée celle de 2007).

Les recettes qui suivent construisent cette réponse pas à pas ; chacune s’exécute telle quelle.

1. Une variable de choix de vote pour toutes les études

vote_choice réunit trois questions dans une seule colonne : le vote déclaré après l’élection, l’intention de vote avec relance des indécis et l’intention simple. vote_choice__type indique à quelle question répond chaque ligne.

studies <- c("qes1998", "qes2007", "qes2007_panel", "qes2008", "qes_crop_2007_2010",
             "qes2012", "qes2012_panel", "qes2014", "qes2018", "qes2018_panel", "qes2022")
h <- qes_harmonize(studies = studies, targets = c("vote_choice", "lang_mother"),
                   layout = "long", quiet = TRUE)
table(h$study, h$vote_choice__type)
#>                     
#>                      recall intention_push intention
#>   qes_crop_2007_2010      0          22848      1179
#>   qes1998              1483           1483         0
#>   qes2007              2175              0         0
#>   qes2007_panel        2054           1997        53
#>   qes2008              1151              0         0
#>   qes2012              1505              0         0
#>   qes2012_panel         844            844         0
#>   qes2014              1517              0         0
#>   qes2018              3072              0         0
#>   qes2018_panel         842           1250         0
#>   qes2022              1220           1521         0

Dans ce format long, une étude qui compte une vague avant et une vague après l’élection a une ligne par vague : le même répondant y figure une fois avec son intention et une fois avec son vote déclaré. Les sondages CROP, menés entre les élections, ne comportent que des intentions.

2. Ne garder que le vote déclaré

Opposer l’intention mesurée dans une étude au vote déclaré dans une autre reviendrait à comparer deux questions différentes. Pour le clivage linguistique, nous retenons donc le vote déclaré, que toutes les Études électorales québécoises ont mesuré après l’élection, et nous lisons chaque étude dans le format par défaut (une ligne par répondant). L’argument types ne retient que certaines des questions que regroupe la variable :

r <- qes_harmonize(studies = studies, targets = c("vote_choice", "lang_mother", "sov_support"),
                   types = list(vote_choice = "recall"), quiet = TRUE)
table(r$study, r$vote_choice__type, useNA = "ifany")
#>                     
#>                      recall intention_push intention  <NA>
#>   qes_crop_2007_2010      0              0         0 24027
#>   qes1998              1483              0         0     0
#>   qes2007              2175              0         0     0
#>   qes2007_panel        2054              0         0   388
#>   qes2008              1151              0         0     0
#>   qes2012              1505              0         0     0
#>   qes2012_panel         844              0         0     0
#>   qes2014              1517              0         0     0
#>   qes2018              3072              0         0     0
#>   qes2018_panel         842              0         0   408
#>   qes2022              1220              0         0   301

La variable vote_choice est désormais manquante pour les sondages CROP, ainsi que pour les répondants qui n’ont pas été joints après le scrutin. Lorsqu’une étude a posé plusieurs de ces questions et qu’aucun type n’est précisé, le vote déclaré passe en premier, puis l’intention avec relance, puis l’intention simple (qes_spec("pooled") donne cet ordre).

3. D’où vient chaque valeur

prov <- qes_provenance(r, level = "pooled")
prov[prov$pooled == "vote_choice", c("study", "type", "wave", "grade", "n_value")]
#>                 study   type wave       grade n_value
#> 1             qes1998 recall post  comparable    1126
#> 7             qes2007 recall post  comparable    1727
#> 13      qes2007_panel recall post approximate    1494
#> 19            qes2008 recall post  comparable     898
#> 25 qes_crop_2007_2010 recall <NA>        <NA>       0
#> 31            qes2012 recall post   identical    1274
#> 37      qes2012_panel recall post approximate     633
#> 43            qes2014 recall post  comparable    1283
#> 49            qes2018 recall post  comparable    2016
#> 55      qes2018_panel recall post  comparable     704
#> 61            qes2022 recall  pes  comparable    1101

La question de chaque étude reçoit un niveau de comparabilité. Ce niveau est identical lorsque la question, les choix de réponse et le format sont les mêmes, comparable lorsque les différences (l’ordre des choix, la présence ou non d’une option « ne sait pas ») ne devraient pas déplacer les parts, et approximate lorsqu’un format ou un filtre risque de les déplacer. Seules les questions du panel de 2007 et du panel de 2012 sont ici de niveau approximate. Les figures qui suivent laissent donc les panels de côté et ne retiennent qu’une Étude électorale québécoise par élection.

4. Une part pondérée et son intervalle de confiance, dans une étude

d <- qes_design(r[r$study == "qes2018", ], weight = "weight_post")
d <- subset(d, !is.na(vote_choice))
caq18 <- svyciprop(~I(vote_choice == "CAQ"), d, method = "logit")
caq18
#>                                2.5% 97.5%
#> I(vote_choice == "CAQ") 0.358 0.336 0.381

La CAQ a obtenu 37,4 % des votes valides en 2018, et 35,8 % des répondants de l’étude de 2018 déclarent avoir voté pour elle (intervalle de confiance à 95 % : de 33,6 à 38,1). Le résultat officiel se situe donc à l’intérieur de cet intervalle.

5. Par groupe

plq18 <- svyby(~I(vote_choice == "PLQ"), ~lang_mother, subset(d, !is.na(lang_mother)),
               svyciprop, method = "logit", vartype = "ci")
plq18
#>         lang_mother I(vote_choice == "PLQ")      ci_l      ci_u
#> French       French               0.1223020 0.1070069 0.1394418
#> English     English               0.7418131 0.6814276 0.7942093
#> Other         Other               0.6416905 0.5267904 0.7423376

La sortie donne le vote libéral de chaque groupe de langue maternelle en 2018, avec son intervalle ; la page sur le réalignement suit ces parts à chaque élection. L’estimation chez les allophones repose sur 84 répondants, d’où son intervalle plus large. Les recettes suivantes réunissent donc anglophones et allophones sous l’étiquette de non-francophones : pris seuls, les échantillons d’allophones sont trop petits pour être suivis d’une élection à l’autre.

6. Chaque étude, une à la fois

Les études diffèrent par leur population, leur mode d’enquête, leurs libellés et leur pondération ; chaque estimation est donc faite à l’intérieur d’une étude, avant toute comparaison. Les sondages de 1998 n’ont interrogé que des francophones : ils n’ont pas de non-francophones à comparer, et la série commence donc en 2007. L’étude de 2008 n’a pas de pondération recommandée (ses pondérations sont calées sur le vote déclaré ; voir le tableau des pondérations) : ses estimations ne sont pas pondérées, et les figures les représentent par un point vide.

qes <- c("qes2007", "qes2008", "qes2012", "qes2014", "qes2018", "qes2022")
r$francophone <- factor(ifelse(r$lang_mother == "French", "francophone", "other"))

# one design per study; a study without a post-election weight (2008) gets
# a unit weight, so its estimates are unweighted
is_weighted <- function(s, data = r) !all(is.na(data$weight_post[data$study == s]))
study_design <- function(s, data = r) {
  x <- data[data$study == s, ]
  if (!is_weighted(s, data)) x$weight_post <- 1
  qes_design(x, weight = "weight_post")
}

plq <- do.call(rbind, lapply(qes, function(s) {
  ds <- subset(study_design(s), !is.na(vote_choice) & !is.na(francophone))
  est <- svyby(~I(vote_choice == "PLQ"), ~francophone, ds, svyciprop, method = "logit", vartype = "ci")
  data.frame(study = s, year = as.integer(substr(ds$variables$year[1], 1, 4)),
             weighted = is_weighted(s), group = est$francophone,
             pct = 100 * est[[2]], lo = 100 * est$ci_l, hi = 100 * est$ci_u)
}))
print(plq, digits = 3, row.names = FALSE)
#>    study year weighted       group   pct    lo    hi
#>  qes2007 2007     TRUE francophone 20.14 17.91 22.59
#>  qes2007 2007     TRUE       other 58.44 47.99 68.18
#>  qes2008 2008    FALSE francophone 32.68 29.46 36.08
#>  qes2008 2008    FALSE       other 78.74 70.68 85.05
#>  qes2012 2012     TRUE francophone 15.49 13.23 18.05
#>  qes2012 2012     TRUE       other 65.46 57.20 72.87
#>  qes2014 2014     TRUE francophone 24.18 21.25 27.37
#>  qes2014 2014     TRUE       other 86.01 77.91 91.47
#>  qes2018 2018     TRUE francophone 12.23 10.70 13.94
#>  qes2018 2018     TRUE       other 71.83 66.55 76.58
#>  qes2022 2022     TRUE francophone  6.13  4.42  8.44
#>  qes2022 2022     TRUE       other 54.01 40.32 67.11
À chaque élection depuis 2007, le vote libéral est de 38 à 62 points de pourcentage plus élevé chez les non-francophones que chez les francophonesPart du vote déclaré pour le PLQ chez les francophones et les non-francophones (langue maternelle), une Étude électorale québécoise par élection, avec intervalles de confiance à 95 %
Graphique linéaire de la part du vote déclaré pour le PLQ à chaque élection québécoise de 2007 à 2022, chez les francophones et chez les non-francophones. Chez les francophones, elle passe de 20 % à 6 % ; chez les non-francophones, elle reste entre 54 % et 86 %. Valeurs dans la vue en tableau.Graphique linéaire de la part du vote déclaré pour le PLQ à chaque élection québécoise de 2007 à 2022, chez les francophones et chez les non-francophones. Chez les francophones, elle passe de 20 % à 6 % ; chez les non-francophones, elle reste entre 54 % et 86 %. Valeurs dans la vue en tableau.

Source : qesR, variables regroupées vote_choice (vote déclaré) et lang_mother ; les non-francophones sont les répondants de langue maternelle anglaise ou autre. Pondéré avec la pondération postélectorale de chaque étude ; point vide (2008) : non pondéré, aucune pondération validée.

Vue en tableau
Élection Étude Francophones, % PLQ [IC à 95 %] Non-francophones, % PLQ [IC à 95 %] Écart [IC à 95 %] n, francophones n, non-francophones Pondération
2007 EEQ 2007 20,1 [17,9 ; 22,6] 58,4 [48,0 ; 68,2] +38,3 pts [27,9 ; 48,7] 1525 163 pondéré
2008 EEQ 2008 32,7 [29,5 ; 36,1] 78,7 [70,7 ; 85,1] +46,1 pts [38,2 ; 53,9] 771 127 non pondéré : aucune pondération validée
2012 EEQ 2012 15,5 [13,2 ; 18,1] 65,5 [57,2 ; 72,9] +50,0 pts [41,8 ; 58,2] 1094 180 pondéré
2014 EEQ 2014 24,2 [21,3 ; 27,4] 86,0 [77,9 ; 91,5] +61,8 pts [54,5 ; 69,1] 981 201 pondéré
2018 EEQ 2018 12,2 [10,7 ; 13,9] 71,8 [66,5 ; 76,6] +59,6 pts [54,3 ; 64,9] 1656 359 pondéré
2022 EEQ 2022 6,1 [4,4 ; 8,4] 54,0 [40,3 ; 67,1] +47,9 pts [34,1 ; 61,6] 883 121 pondéré

Deux constats s’imposent. Premièrement, le clivage est important à chaque élection, de 38 points en 2007 à 62 points en 2014, et il ne s’est pas nettement resserré après 2012. Par rapport à 2012 (environ 50 points), l’écart s’est creusé en 2014 et en 2018, puis est revenu à environ 48 points en 2022, une estimation dont l’intervalle (de 34 à 62) inclut l’écart de 2012. Deuxièmement, les deux groupes n’ont pas évolué au même rythme : le vote libéral des francophones a reculé d’une élection à l’autre (la page sur le réalignement le suit), alors que celui des non-francophones a oscillé sans tendance claire, et il se situe en 2022 environ 4 points sous son niveau de 2007. L’écart plus étroit de 2022 vient du côté des non-francophones : de 2018 à 2022, le vote libéral a reculé de 18 points chez eux, contre 6 chez les francophones. L’estimation de 2022 chez les non-francophones ne repose toutefois que sur 121 répondants, le plus petit échantillon de la série (le plus grand en compte 359), et son intervalle est large. C’est aussi pourquoi la page ne divise pas les non-francophones entre anglophones et allophones.

7. Qui vote libéral

Les mêmes données se lisent aussi dans l’autre sens : non plus la part de chaque groupe qui vote libéral, mais la part des électeurs libéraux qui appartiennent à chaque groupe. Vue sous cet angle, la transformation est nette.

comp <- do.call(rbind, lapply(qes, function(s) {
  ds <- subset(study_design(s), vote_choice %in% "PLQ" & !is.na(francophone))
  est <- svyciprop(~I(francophone == "other"), ds, method = "logit")
  data.frame(study = s, year = plq$year[plq$study == s][1], weighted = is_weighted(s),
             pct = 100 * as.numeric(est), lo = 100 * attr(est, "ci")[[1]], hi = 100 * attr(est, "ci")[[2]])
}))
print(comp, digits = 3, row.names = FALSE)
#>    study year weighted  pct   lo   hi
#>  qes2007 2007     TRUE 30.9 25.3 37.2
#>  qes2008 2008    FALSE 28.4 23.9 33.4
#>  qes2012 2012     TRUE 49.5 42.9 56.2
#>  qes2014 2014     TRUE 34.8 29.5 40.4
#>  qes2018 2018     TRUE 57.2 52.5 61.8
#>  qes2022 2022     TRUE 71.2 60.0 80.3
Les non-francophones passent de 31 % des électeurs libéraux en 2007 à 71 % en 2022Part des répondants dont la langue maternelle n'est pas le français parmi ceux qui déclarent avoir voté pour le PLQ, une Étude électorale québécoise par élection, avec intervalles de confiance à 95 %
Graphique linéaire de la part des non-francophones parmi les répondants qui déclarent un vote pour le PLQ, à chaque élection québécoise de 2007 à 2022, avec une ligne pointillée à 50 %. Elle passe de 31 % en 2007 à 71 % en 2022. Valeurs dans la vue en tableau.Graphique linéaire de la part des non-francophones parmi les répondants qui déclarent un vote pour le PLQ, à chaque élection québécoise de 2007 à 2022, avec une ligne pointillée à 50 %. Elle passe de 31 % en 2007 à 71 % en 2022. Valeurs dans la vue en tableau.

Source : qesR, variables regroupées vote_choice (vote déclaré) et lang_mother. Pondéré avec la pondération postélectorale de chaque étude ; point vide (2008) : non pondéré, aucune pondération validée.

Vue en tableau
Élection Étude Non-francophones parmi les électeurs du PLQ, % [IC à 95 %] n, électeurs du PLQ Non-francophones parmi tous les électeurs, % Non-francophones parmi les électeurs du PLQ, à leur part de 2007 parmi tous les électeurs, % Pondération
2007 EEQ 2007 30,9 [25,3 ; 37,2] 424 13,4 30,9 pondéré
2008 EEQ 2008 28,4 [23,9 ; 33,4] 352 14,1 27,1 non pondéré : aucune pondération validée
2012 EEQ 2012 49,5 [42,9 ; 56,2] 278 18,8 39,5 pondéré
2014 EEQ 2014 34,8 [29,5 ; 40,4] 417 13,0 35,4 pondéré
2018 EEQ 2018 57,2 [52,5 ; 61,8] 490 18,5 47,5 pondéré
2022 EEQ 2022 71,2 [60,0 ; 80,3] 114 21,9 57,6 pondéré

Les non-francophones forment 31 % des électeurs du PLQ en 2007 et 71 % en 2022. Le tracé n’est pas régulier, et chaque point repose tout au plus sur quelques centaines d’électeurs libéraux. Cette part dépend en outre d’autre chose que du vote libéral de chaque groupe : la part pondérée des non-francophones parmi les électeurs de chaque étude, qui varie davantage que ne le ferait la population. Elle est d’environ 13 % en 2007 et en 2014, et de 19 % à 22 % en 2012, en 2018 et en 2022 ; la baisse de 2014 coïncide d’ailleurs avec la faible part de cette année-là. Si cette part était restée à son niveau de 2007, les non-francophones formeraient encore 58 % des électeurs libéraux en 2022. La hausse tient donc, mais son ampleur dépend de la composition de chaque échantillon. Autrement dit, le PLQ est passé d’un parti dont l’électorat était majoritairement francophone à un parti dont l’électorat ne l’est plus, sans que les non-francophones s’y rallient en plus grand nombre. Ce sont les francophones qui sont partis.

8. La souveraineté : une variable, plusieurs libellés

sov_support regroupe les questions référendaires. Le libellé a changé au fil du temps, et la colonne regroupée le consigne dans sov_support__type : les parts ne se comparent qu’à l’intérieur d’un même libellé.

table(r$study, r$sov_support__type)
#>                     
#>                      independence sovereign_country partnership_1995_push
#>   qes_crop_2007_2010            0                 0                     0
#>   qes1998                       0                 0                  1483
#>   qes2007                       0                 0                  2175
#>   qes2007_panel                 0                 0                  2050
#>   qes2008                       0                 0                  1151
#>   qes2012                    1505                 0                     0
#>   qes2012_panel                 0               844                     0
#>   qes2014                    1517                 0                     0
#>   qes2018                    3072                 0                     0
#>   qes2018_panel                 0                 0                     0
#>   qes2022                    1521                 0                     0
#>                     
#>                      partnership_1995 favour
#>   qes_crop_2007_2010                0      0
#>   qes1998                           0      0
#>   qes2007                           0      0
#>   qes2007_panel                     0      0
#>   qes2008                           0      0
#>   qes2012                           0      0
#>   qes2012_panel                     0      0
#>   qes2014                           0      0
#>   qes2018                           0      0
#>   qes2018_panel                     0    842
#>   qes2022                           0      0

Les quatre Études électorales québécoises de 2012 à 2022 ont posé la même question sur l’indépendance, que la recette suivante utilise. Les études antérieures posaient la question de souveraineté-partenariat du référendum de 1995, et les panels de 2012 et de 2018 ont employé leurs propres libellés.

9. Regrouper les études dans un modèle

Regrouper des études n’a de sens que dans un modèle qui les garde distinctes, avec des effets fixes d’étude, de sorte que chaque association soit estimée à l’intérieur des études. pool = "equal" donne à chaque étude le même poids total parmi les lignes qu’on lui fournit ; nous sélectionnons donc d’abord les lignes du modèle. Par défaut, une étude compte en proportion de son nombre de répondants. Nous employons un modèle de probabilité linéaire : un coefficient multiplié par 100 se lit donc en points de pourcentage. Le premier modèle ne comporte que les effets fixes d’étude ; le deuxième ajoute l’appui à l’indépendance ; le troisième permet à l’écart linguistique de varier d’une étude à l’autre.

four <- c("qes2012", "qes2014", "qes2018", "qes2022")
x <- r[r$study %in% four & !is.na(r$vote_choice) & !is.na(r$francophone) & !is.na(r$sov_support), ]
dp <- qes_design(x, weight = "weight_post", pool = "equal")
m1 <- svyglm(I(vote_choice == "PLQ") ~ francophone + study, dp)
m2 <- svyglm(I(vote_choice == "PLQ") ~ francophone + I(sov_support == "Yes") + study, dp)
m3 <- svyglm(I(vote_choice == "PLQ") ~ francophone * study + I(sov_support == "Yes"), dp)
100 * rbind(study_effects = coef(m1)[2], plus_independence = coef(m2)[2])
#>                   francophoneother
#> study_effects             54.07327
#> plus_independence         42.37054
regTermTest(m3, ~ francophone:study)
#> Wald test for francophone:study
#>  in svyglm(formula = I(vote_choice == "PLQ") ~ francophone * study + 
#>     I(sov_support == "Yes"), design = dp)
#> F =  2.150366  on  3  and  4851  df: p= 0.091757

Sur l’ensemble des quatre élections, et avec les seuls effets fixes d’étude, la probabilité de voter libéral est d’environ 54 points plus élevée chez les non-francophones que chez les francophones (intervalle de confiance à 95 % : de 49 à 59). À opinion égale sur l’indépendance, l’écart est encore de 42 points. L’appui à l’indépendance explique donc environ 12 des 54 points du clivage linguistique du vote libéral. Autrement dit, l’essentiel de ce clivage n’est pas la question nationale sous un autre nom, du moins telle que la mesure une seule question sur l’indépendance. Enfin, les indices d’une évolution de l’écart entre 2012 et 2022 sont faibles (un test d’égalité des écarts dans les quatre études donne p = 0,09).

10. L’ADQ et la CAQ en une seule série, face au décompte des votes

Les colonnes harmonisées gardent distinctes l’Action démocratique du Québec (ADQ) et la CAQ. qes_party_lineage() ajoute une colonne qui les réunit, pour les séries chronologiques ; ses lignes recueillies avant la fusion de 2012 ont le niveau approximate.

l <- qes_party_lineage(r, cols = "vote_choice")
table(l$study, l$vote_choice_lineage)[, c("PLQ", "PQ", "ADQ/CAQ", "QS")]
#>                     
#>                      PLQ  PQ ADQ/CAQ  QS
#>   qes_crop_2007_2010   0   0       0   0
#>   qes1998            384 517     204   0
#>   qes2007            439 521     583  75
#>   qes2007_panel      428 460     480  57
#>   qes2008            352 336     144  38
#>   qes2012            278 509     324  96
#>   qes2012_panel      167 243     151  45
#>   qes2014            489 344     277 131
#>   qes2018            490 392     700 342
#>   qes2018_panel      200 108     263  87
#>   qes2022            146 206     364 209

Pondérée à l’intérieur de chaque étude et mise en regard du résultat officiel, cette colonne offre une première vérification du vote déclaré. p est un graphique ggplot2 simple, prêt à adapter (l’afficher avec p).

lineage <- do.call(rbind, lapply(qes, function(s) {
  ds <- subset(study_design(s, l), !is.na(vote_choice_lineage))
  est <- svyciprop(~I(vote_choice_lineage == "ADQ/CAQ"), ds, method = "logit")
  ci <- attr(est, "ci")
  data.frame(study = s, year = plq$year[plq$study == s][1], weighted = is_weighted(s, l),
             pct = 100 * as.numeric(est), lo = 100 * ci[[1]], hi = 100 * ci[[2]])
}))
# the official share of valid votes of the ADQ (2007, 2008) and of the CAQ
# (2012 on), from Élections Québec
official <- data.frame(year = c(2007, 2008, 2012, 2014, 2018, 2022),
                       pct = c(30.8, 16.4, 27.1, 23.1, 37.4, 41.0))
# the chart's labels, in English or French
labels_of <- function(lang = "en") {
  if (lang == "fr") {
    list(series = c(lineage = "ADQ (2007, 2008), puis CAQ : vote déclaré", official = "Résultat officiel"),
         weight = c(`TRUE` = "pondéré", `FALSE` = "non pondéré"), y = "% du vote déclaré")
  } else {
    list(series = c(lineage = "ADQ (2007, 2008), then CAQ: reported vote", official = "Official result"),
         weight = c(`TRUE` = "weighted", `FALSE` = "unweighted"), y = "% of the reported vote")
  }
}
lab <- labels_of(lang = "fr")

p <- ggplot(lineage, aes(year, pct)) +
  geom_line(data = official, aes(colour = "official")) +
  geom_point(data = official, aes(colour = "official"), shape = 45, size = 9) +
  geom_linerange(aes(ymin = lo, ymax = hi, colour = "lineage")) +
  geom_point(aes(colour = "lineage", fill = weighted), shape = 21, size = 3, stroke = 1) +
  scale_colour_manual(values = c(lineage = "#1d97b0", official = "grey20"), labels = lab$series) +
  scale_fill_manual(values = c(`TRUE` = "#1d97b0", `FALSE` = "white"), labels = lab$weight) +
  scale_x_continuous(breaks = c(2007, 2012, 2014, 2018, 2022)) +
  scale_y_continuous(limits = c(0, 50)) +
  labs(x = NULL, y = lab$y, colour = NULL, fill = NULL)
print(lineage, digits = 3, row.names = FALSE)
#>    study year weighted  pct   lo   hi
#>  qes2007 2007     TRUE 31.6 29.0 34.3
#>  qes2008 2008    FALSE 16.0 13.8 18.6
#>  qes2012 2012     TRUE 25.4 22.8 28.2
#>  qes2014 2014     TRUE 23.1 20.5 26.0
#>  qes2018 2018     TRUE 35.8 33.6 38.1
#>  qes2022 2022     TRUE 33.0 29.3 36.9
L'ADQ et la CAQ réunies, le vote déclaré reste à 2 points ou moins du résultat officiel jusqu'en 2018, puis se situe 8 points en deçà en 2022Part du vote déclaré pour l'ADQ (2007, 2008) et la CAQ (à partir de 2012), une Étude électorale québécoise par élection, avec intervalles de confiance à 95 % et résultat officiel
Graphique à points avec intervalles de confiance de la part du vote déclaré pour l'ADQ en 2007 et 2008 et pour la CAQ de 2012 à 2022, dans les Études électorales québécoises, avec le résultat officiel en ligne avec des traits. En 2022, l'étude donne 33 % contre 41 % officiellement. Valeurs dans la vue en tableau.Graphique à points avec intervalles de confiance de la part du vote déclaré pour l'ADQ en 2007 et 2008 et pour la CAQ de 2012 à 2022, dans les Études électorales québécoises, avec le résultat officiel en ligne avec des traits. En 2022, l'étude donne 33 % contre 41 % officiellement. Valeurs dans la vue en tableau.

Source : qesR, variable regroupée vote_choice (vote déclaré) avec qes_party_lineage() ; résultats officiels d'Élections Québec. L'ADQ a fusionné avec la CAQ en 2012, et la colonne de lignée les réunit pour une série chronologique. Pondéré avec la pondération postélectorale de chaque étude ; point vide (2008) : non pondéré, aucune pondération validée.

Vue en tableau
Élection Étude Parti Vote déclaré, % [IC à 95 %] Officiel, % des votes valides Écart Pondération
2007 EEQ 2007 ADQ 31,6 [29,0 ; 34,3] 30,8 +0,8 pts pondéré
2008 EEQ 2008 ADQ 16,0 [13,8 ; 18,6] 16,4 −0,4 pts non pondéré : aucune pondération validée
2012 EEQ 2012 CAQ 25,4 [22,8 ; 28,2] 27,1 −1,7 pts pondéré
2014 EEQ 2014 CAQ 23,1 [20,5 ; 26,0] 23,1 0,0 pts pondéré
2018 EEQ 2018 CAQ 35,8 [33,6 ; 38,1] 37,4 −1,6 pts pondéré
2022 EEQ 2022 CAQ 33,0 [29,3 ; 36,9] 41,0 −8,0 pts pondéré

Jusqu’en 2018, le vote déclaré reste à 2 points ou moins du résultat officiel. En 2022, contrairement à la surestimation habituelle du parti gagnant dans les enquêtes postélectorales, il se situe 8 points sous ce résultat, alors que la même étude place le PLQ à 17 % contre 14 % officiellement. Les niveaux de 2022 appellent donc une certaine prudence. Notre argument repose toutefois sur des différences entre groupes à l’intérieur de chaque étude, moins exposées que les niveaux à une erreur de ce type, sans en être tout à fait à l’abri.

Ce que montrent les recettes

En somme, les Études électorales québécoises n’appuient que partiellement l’idée selon laquelle le clivage linguistique ne serait que la question nationale sous un autre nom. L’appui à l’indépendance explique une partie de l’écart du vote libéral, et cet écart ne s’est pas nettement resserré après 2012. Ce qui a changé, c’est qui vote libéral : à mesure que les francophones le quittaient, le PLQ est devenu un parti dont l’électorat est majoritairement non francophone. Notre analyse n’est toutefois pas sans limite. D’une part, la langue maternelle est une mesure grossière. Des travaux récents abordent aussi la langue comme une attitude, l’inquiétude que le français soit menacé, et cette inquiétude varie chez les francophones eux-mêmes (Daoust et Gareau-Paquette, 2026). D’autre part, les estimations sont des associations mesurées dans des coupes transversales, et non des causes ; les échantillons de non-francophones sont petits, et leur part de chaque échantillon varie d’une étude à l’autre. Bien entendu, le clivage ne joue pas de la même manière pour tous les partis : le vote pour le Parti conservateur du Québec (PCQ) traversait ce clivage en 2022, puisant autant chez les non-francophones que chez les francophones (Bélanger et al., 2025). Reste à savoir où sont allés les électrices et électeurs francophones qui ont quitté le PLQ, une question que reprennent les pages sur le réalignement du système partisan et sur les changements d’idée pendant la campagne.

Pour aller plus loin

Bélanger, Éric, Philippe Mongrain, Thomas Gareau-Paquette et Valérie-Anne Mahéo. 2025. « A Party that Went Viral? The Drivers of Support for the Parti Conservateur du Québec in the 2022 Election ». Revue canadienne de science politique 58 (2) : 277–296. https://doi.org/10.1017/S0008423924000829

Bélanger, Éric, Richard Nadeau, Ailsa Henderson et Eve Hepburn. 2018. The National Question and Electoral Politics in Quebec and Scotland. Montréal et Kingston : McGill-Queen’s University Press. https://doi.org/10.1515/9780773554139

Daoust, Jean-François et Thomas Gareau-Paquette. 2024. « Is Quebec Independence Still Key in Making Sense of Canadian Elections? A Longitudinal Analysis (2000–2021) ». Regional & Federal Studies 34 (5) : 781–806. https://doi.org/10.1080/13597566.2023.2233422

Daoust, Jean-François et Thomas Gareau-Paquette. 2026. « De plus en plus inquiets : qui sont les Québécois qui considèrent le français comme menacé et quelles en sont les conséquences électorales ? » Revue canadienne de science politique 59 (1) : 61–80. https://doi.org/10.1017/S0008423925100942

Hamilton, Richard et Maurice Pinard. 1976. « The Bases of Parti Québécois Support in Recent Quebec Elections ». Revue canadienne de science politique 9 (1) : 3–26. https://doi.org/10.1017/S0008423900043158

Pinard, Maurice et Richard Hamilton. 1978. « The Parti Québécois Comes to Power: An Analysis of the 1976 Quebec Election ». Revue canadienne de science politique 11 (4) : 739–776. https://doi.org/10.1017/S000842390004659X